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 La chèvre de Mr Seguin

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كاتب الموضوعرسالة
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العمر : 42
تاريخ التسجيل : 08/07/2011
عدد المساهمات : 1072

مُساهمةموضوع: La chèvre de Mr Seguin   الثلاثاء يناير 17, 2012 8:26 pm


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M. Seguin n'avait jamais eu de bonheur avec ses chèvres. Il les
perdait toutes de la même façon : un beau matin, elles cassaient
leur corde, s'en allaient dans la montagne, et là-haut le loup les
mangeait. Ni les caresses de leur maître, ni la peur du loup, rien
ne les retenait. C'était, parait-il, des chèvres indépendantes,
voulant à tout prix le grand air et la liberté.
Le brave M. Seguin,
qui ne comprenait rien au caractère de ses bêtes, était consterné.
Il disait :


- C'est fini ; les chèvres s'ennuient chez moi, je n'en garderai pas
une.



Cependant, il ne se découragea pas, et, après avoir perdu six
chèvres de la même manière, il en acheta une septième ; seulement,
cette fois, il eut soin de la prendre toute jeune, pour qu'elle
s'habituât à demeurer chez lui. Ah ! Gringoire, qu'elle était jolie
la petite chèvre de M. Seguin ! qu'elle était jolie avec ses yeux
doux, sa barbiche de sous-officier, ses sabots noirs et luisants,
ses cornes zébrées et ses longs poils blancs qui lui faisaient une
houppelande ! C'était presque aussi charmant que le cabri
d'Esméralda, tu te rappelles, Gringoire ? - et puis, docile,
caressante, se laissant traire sans bouger, sans mettre son pied
dans l'écuelle. Un amour de petite chèvre... M. Seguin avait
derrière sa maison un clos entouré d'aubépines. C'est là qu'il mit
la nouvelle pensionnaire. Il l'attacha à un pieu, au plus bel
endroit du pré, en ayant soin de lui laisser beaucoup de corde, et
de temps en temps, il venait voir si elle était bien. La chèvre se
trouvait très heureuse et broutait l'herbe de si bon coeur que M.
Seguin était ravi.


- Enfin,

pensait le pauvre homme,


en voilà une qui ne s'ennuiera pas chez moi !










M. Seguin se trompait, sa chèvre s'ennuya.
Un jour, elle se dit en regardant la montagne :


- Comme on doit être bien là-haut ! Quel plaisir de gambader dans la
bruyère, sans cette maudite longe qui vous écorche le cou !... C'est
bon pour l'âne ou pour le boeuf de brouter dans un clos !... Les
chèvres, il leur faut du large.



A partir de ce moment, l'herbe du clos lui parut fade. L'ennui lui
vint. Elle maigrit, son lait se fit rare. C'était pitié de la voir
tirer tout le jour sur sa longe, la tête tournée du côté de la
montagne, la narine ouverte, en faisant Mê!.. tristement.
M. Seguin s'apercevait bien que sa chèvre avait quelque chose, mais
il ne savait pas ce que c'était... Un matin, comme il achevait de la
traire, la chèvre se retourna et lui dit dans son patois :


- Écoutez, monsieur Seguin, je me languis chez vous, laissez-moi
aller dans la montagne.
- Ah ! mon Dieu !... Elle aussi !

cria M. Seguin stupéfait, et du
coup il laissa tomber son écuelle ; puis, s'asseyant dans l'herbe à
côté de sa chèvre :


- Comment, Blanquette, tu veux me quitter !


Et Blanquette répondit :


- Oui, monsieur Seguin.
- Est-ce que l'herbe te manque ici ?
- Oh! non ! monsieur Seguin.
- Tu es peut-être attachée de trop court, veux-tu que j'allonge la
corde ?
- Ce n'est pas la peine, monsieur Seguin.
- Alors, qu'est-ce qu'il te faut ? qu'est-ce que tu veux ?
- Je veux aller dans la montagne, monsieur Seguin.
- Mais, malheureuse, tu ne sais pas qu'il y a le loup dans la
montagne... Que feras-tu quand il viendra ?...
- Je lui donnerai des coups de cornes, monsieur Seguin.
- Le loup se moque bien de tes cornes. Il m'a mangé des biques
autrement encornées que toi... Tu sais bien, la pauvre vieille
Renaude qui était ici l'an dernier ? une maîtresse chèvre, forte et
méchante comme un bouc. Elle s'est battue avec le loup toute la
nuit... puis, le matin, le loup l'a mangée.
- Pécaïre ! Pauvre Renaude !... Ça ne fait rien, monsieur Seguin,
laissez-moi aller dans la montagne.
- Bonté divine !...


dit M. Seguin ;


mais qu'est-ce qu'on leur fait donc à mes chèvres ? Encore une que
le loup va me manger... Eh bien, non... je te sauverai malgré toi,
coquine ! et de peur que tu ne rompes ta corde, je vais t'enfermer
dans l'étable et tu y resteras toujours.










Là-dessus, M. Seguin emporta la chèvre dans une étable toute noire,
dont il ferma la porte à double tour. Malheureusement, il avait
oublié la fenêtre et à peine eut-il tourné, que la petite s'en
alla...
Tu ris, Gringoire ? Parbleu ! je crois bien ; tu es du parti des
chèvres, toi, contre ce bon M. Seguin... Nous allons voir si tu
riras tout à l'heure.
Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un
ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu
d'aussi joli. On la reçut comme une petite reine. Les châtaigniers
se baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leurs
branches. Les genêts d'or s'ouvraient sur son passage, et sentaient
bon tant qu'ils pouvaient. Toute la montagne lui fit fête.
Tu penses, Gringoire, si notre chèvre était heureuse ! Plus de
corde, plus de pieu... rien qui l'empêchât de gambader, de brouter à
sa guise... C'est là qu'il y en avait de l'herbe ! jusque par-dessus
les cornes, mon cher !... Et quelle herbe ! Savoureuse, fine,
dentelée, faite de mille plantes... C'était bien autre chose que le
gazon du clos. Et les fleurs donc !... De grandes campanules bleues,
des digitales de pourpre à longs calices, toute une forêt de fleurs
sauvages débordant de sucs capiteux !... La chèvre blanche, à moitié
saoule, se vautrait là-dedans les jambes en l'air et roulait le long
des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et les châtaignes...
Puis, tout à coup elle se redressait d'un bond sur ses pattes. Hop !
la voilà partie, la tête en avant, à travers les maquis et les
buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d'un ravin, là-haut,
en bas, partout... On aurait dit qu'il y avait dix chèvres de M.
Seguin dans la montagne.
C'est qu'elle n'avait peur de rien la Blanquette.
Elle franchissait d'un saut de grands torrents qui l'éclaboussaient
au passage de poussière humide et d'écume. Alors, toute ruisselante,
elle allait s'étendre sur quelque roche plate et se faisait sécher
par le soleil... Une fois, s'avançant au bord d'un plateau, une
fleur de cytise aux dents, elle aperçut en bas, tout en bas dans la
plaine, la maison de M. Seguin avec le clos derrière. Cela la fit
rire aux larmes.


- Que c'est petit !


dit-elle ;


comment ai-je pu tenir là-dedans ?



Pauvrette ! de se voir si haut perchée, elle se croyait au moins
aussi grande que le monde...
En somme, ce fut une bonne journée pour la chèvre de M. Seguin. Vers
le milieu du jour, en courant de droite et de gauche, elle tomba
dans une troupe de chamois en train de croquer une lambrusque à
belles dents. Notre petite coureuse en robe blanche fit sensation.
On lui donna la meilleure place à la lambrusque, et tous ces
messieurs furent très galants... Il parent même, - ceci doit rester
entre nous, Gringoire, - qu'un jeune chamois à pelage noir, eut la
bonne fortune de plaire à Blanquette. Les deux amoureux s'égarèrent
parmi le bois une heure ou deux, et si tu veux savoir ce qu'ils se
dirent, va le demander aux sources bavardes qui courent invisibles
dans la mousse.
Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c'était
le soir.


- Déjà !

dit la petite chèvre ; et elle s'arrêta fort étonnée. En
bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de M. Seguin
disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne voyait
plus que le toit avec un peu de fumée. Elle écouta les clochettes
d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme toute triste... Un
gerfaut, qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle
tressaillit... puis ce fut un hurlement dans la montagne :


- Hou ! hou !



Elle pensa au loup ; de tout le jour la folle n'y avait pas pensé...
Au même moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce
bon M. Seguin qui tentait un dernier effort.


- Hou ! hou !...


faisait le loup.


- Reviens ! reviens !...

criait la trompe.
Blanquette eut envie de revenir ; mais en se rappelant le pieu, la
corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait
plus se faire à cette vie, et qu'il valait mieux rester.
La trompe ne sonnait plus...










La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se
retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes droites,
avec deux yeux qui reluisaient... C'était le loup.
Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là
regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme
il savait bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas ;
seulement, quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment.


- Ah ! ha ! la petite chèvre de M. Seguin !

et il passa sa grosse
langue rouge sur ses babines d'amadou.
Blanquette se sentit perdue... Un moment, en se rappelant l'histoire
de la vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être
mangée le matin, elle se dit qu'il vaudrait peut-être mieux se
laisser manger tout de suite ; puis, s'étant ravisée, elle tomba en
garde, la tête basse et la corne en avant, comme une brave chèvre de
M. Seguin qu'elle était... Non pas qu'elle eût l'espoir de tuer le
loup, - les chèvres ne tuent pas le loup, - mais seulement pour voir
si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude...
Alors le monstre s'avança, et les petites cornes entrèrent en danse.

Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon coeur ! Plus de
dix fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer
pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la
gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis
elle retournait au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la
nuit. De temps en temps la chèvre de M. Seguin regardait les étoiles
danser dans le ciel clair, et elle se disait :


- Oh ! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube...


L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla
de coups de cornes, le loup de coups de dents... Une lueur pâle
parut dans l'horizon... Le chant du coq enroué monta d'une métairie.



- Enfin !

dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour
mourir ; et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche
toute tachée de sang...
Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.
Adieu, Gringoire !


FIN





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